La
deuxième famille à laquelle nous avons rendu visite est celle de M.
Vang A Nhi.
Monsieur Vang est un homme
fatigué qui souffre de problèmes de santé.
Sa
rizière ne produit qu'un tiers des besoins alimentaires de son
foyer, alors sa famille survit, plus qu'elle ne vit.
Monsieur Vang a souvent
sollicité l'aide des autorités locales, du maire de la commune, du
chef du village pour être aidé, mais personne n'a entendu l'appel
qu'il a lancé.
Lors
de leur rencontre, Monsieur Vang a confié à Bau qu'il avait mis de
longues années pour économiser 400 000 VND (15€), mais qu'avec ce
petit budget, aucun projet pour reloger sa famille ne pouvait être
envisagé.
Alors, à travers son association Horizon-Vietnam,
Bau lui a proposé 20 000 000VND (770€) pour construire la
maison dont il rêvait.
Il
a signé un contrat et reçu la moitié du budget (385€).
Quand nous l'avons
rencontré quelques semaines plus tard, M. Vang avait démonté son
ancienne maison et la construction de la nouvelle était lancée.
En
attendant d'être relogés, le couple et ses 3 enfants vivaient sous une simple toile sur le chantier.
Après quelques semaines de travaux, la nouvelle maison est à présent terminée.
Nous sommes le lundi 16 septembre, il
est 5h00 et notre réveil vient de sonner.
Après
une courte nuit, ouvrir les yeux est le premier grand défi de la
matinée.
L'hôtel
n'a pas de cuisine, alors c'est dans la rue que nous cherchons un
marchand ambulant pour acheter un peu de riz et du pain pour le petit
déjeuner.
La
route qui nous mène au village de Lao, où Bau mène ses projets, est
sinueuse, dangereuse...
Sur
notre droite, le véhicule effleure la montagne, sur notre gauche,
les roues frôlent le vide et ses centaines de mètres de dénivelé.
Au
bout d'une heure de petites routes de montagne, nous sommes enfin arrivés au village de
Lao et c'est dans la maison du chef du village que Bau fait le point sur ses chantiers.
C'est
grâce à des randonneurs que Bau a découvert
ce village isolé qui souffrait d'une grande pauvreté.
Alors
il a contacté le chef du village et le 11 août dernier, il s'est
déplacé avec ses salariés pour apporter un lot de nourriture (riz,
nouilles, sel, huile) à 82 familles en grande précarité.
Il
a également financé la construction d'une cantine dans l'école du
village et offert à chaque enfant, un jouet, une paire de
claquettes, un cartable et des fournitures scolaires pour toute
l'année.
Lors
de son séjour à Lao, Bau a été marqué par les conditions de
logement particulièrement précaires.
Face
à cette situation, il a décidé de construire 4 maisons pour y
reloger des familles en grande difficulté.
La
première famille que Bau a choisi de reloger est celle de M. et Mme
Chao.
M.
et Mme Chao sont sourds muets et parents de 4 jeunes enfants.
Malgré
leur très jeune âge, la vie ne les a pas épargnés et Bau a été
frappé par les traces laissées sur leur visage par les épreuves
qu'ils ont traversées.
La
petite rizière qu'ils exploitent ne leur permet pas de nourrir toute
la famille, alors ils se contentent de manger du maïs et du manioc,
une bonne partie de l'année.
Quand
Bau les a rencontrés, la structure de leur maison menaçait de
s'effondrer et le toit en paille de riz était très abimé.
Ils
vivaient sans aucune commodité et dormaient à 6 dans le lit que M.
Chao avait fabriqué.
Le
rêve de M. Chao était d'offrir une maison plus confortable à sa
famille mais avec les 4 000 000VND (150€) qu'il avait mis de
nombreuses années à économiser, il était bien loin d'avoir le
budget pour réaliser son projet.
Sachant
que le gouvernement vietnamien autorisait les familles Hmong à
récupérer dans la forêt, le bois nécessaire à la construction de
leur maison, Bau s'est dit que si tout le village se mobilisait sur
le chantier, 15 000 000VND (580€) suffiraient pour acheter la tôle
et le béton permettant d'achever la construction.
A
la demande de Bau, le chef du village a accepté de devenir son chef
de chantier.
M.
Chao a signé un contrat l'engageant à construire sa nouvelle maison
sous un délais de 2 mois et Bau lui a remis la moitié du budget.
A
notre arrivée au village, nous avons rendu visite à M. et Mme Chao
dont la maison était, en à peine un mois, presque terminée.
C'est
un couple particulièrement heureux que nous avons rencontré.
Comme
M. Chao avait respecté le contrat qu'il avait signé, Bau lui a
remis la dernière partie du budget.
La
construction de cette maison par des professionnels aurait coûté à
M. Chao, 90 000 000 VND soit 3 460€.
En
récupérant le bois dans la forêt, en demandant aux villageois de
l'aider et au chef du village de piloter le chantier, Bau a divisé
par 6 le budget ayant permis à M. Chao et à sa famille d'être
relogés.
Huong a repris la route pour Hanoi afin de rejoindre sa famille et c’est donc à 6, que nous prenons la direction du district de Van Chan où Bau mène ses projets de solidarité.
Dans le véhicule qui roule vers le nord, l’ambiance est à la gaieté.
Nhi veut que nous lui racontions notre histoire.
Il veut comprendre pourquoi nous consacrons nos vacances d’été, à venir en aide aux enfants des minorités.
Après avoir répondu à ses questions, nous lui proposons, à son tour, de se présenter.
C’est une histoire touchante que Nhi nous a racontée, alors en reprenant les mots et les expressions qu’il a employés, nous allons essayer de dessiner le portrait de la belle personne, que nous avons rencontrée.
Nhi
Nhi vient de fêter ses 40 ans. Il est marié et papa de deux jeunes enfants.
Il est né à la campagne dans une famille paysanne qui souffrait de pauvreté.
Mais comme il était le petit dernier d’une fratrie de 4 enfants, une chaine de solidarité s’est créée autour du financement de sa scolarité. Et c'est ainsi que Nhi a décroché un diplôme d’ingénieur agronome, à l’université.
Après avoir travaillé quelques années en tant que salarié, l’ambitieux Nhi a décidé de créer sa propre société de matériaux agricoles et de la diriger.
Après son enfance difficile où tout était compté, Nhi s’est imaginé que tout l’argent qu’il gagnerait à la tête de sa société, lui apporterait le bonheur auquel il aspirait.
Alors, il a beaucoup travaillé pour permettre à son entreprise, d’une dizaine de salariés, de se développer.
Mais sa course vers la prospérité, l'a progressivement éloigné de ses valeurs et de sa véritable personnalité.
En dépit d’une réussite professionnelle que tout le monde lui enviait et d’une vie particulièrement confortable et aisée, Nhi s'est mis à déprimer, à « s’enfoncer dans le marais de la vie » comme il le dit si joliment avec pudeur et mélancolie.
C’est à cette période difficile, qu'il a suivi Bau, qui était son voisin, dans une association qui aidait les personnes en perte de repaires dans leur vie.
« Donner, c’est recevoir », est le slogan que Nhi a découvert lors de sa première rencontre avec l’association dans laquelle Bau était engagé.
Des mots simples, qui l’ont beaucoup interpellé et qui ont été pour lui le point de départ d’une profonde réflexion sur sa personnalité.
Au fil des rendez-vous avec les personnes qui l’ont accompagné, Nhi s’est profondément métamorphosé et a décidé de remettre l’humain, au cœur de ses priorités.
C'est un homme heureux et particulièrement épanoui, que nous avons eu le bonheur de rencontrer.
Ce qui donne aujourd'hui du sens à sa vie, c’est d'aider, de donner, de partager…
« J’essaie, chaque jour, d'être une petite goutte d’eau fraîche, s’unissant à desmilliards d’autres gouttes, pour tenter de laver le monde de ses difficultés ».
Ce sont avec ces mots, chargés de poésie, que Nhi nous a décrit la nouvelle mission de vie, qu'il avait choisi.
Parallèlement à son investissement dans l'association qui aide les personnes en quête de sens dans leur vie, Bau a également créé une association humanitaire " Horizon-Vietnam" pour y reverser une partie des bénéfices de sa société.
Plus qu'un voisin, plus qu'un ami, Bau est devenu pour Nhi, un exemple, un modèle à imiter.
Alors Nhi offre aujourd’hui des vélos aux écoliers défavorisés pour les encourager.
Il aide également Bau à mettre en place ses projets de solidarité.
Dans les villages reculés où Bau l’a amené, Nhi a découvert que, malgré la pauvreté, les visages respiraient la bonté, la douceur et la sérénité.
« La véritable pauvreté n’est pas la pauvreté matérielle mais la pauvreté intellectuelle qui consiste à penser que plus on sera riche, plus on sera heureux » : Nhi
Le bonheur qu’il a longtemps cherché à l’extérieur, c’est en lui, en aidant les autres, que Nhi l’a enfin trouvé.
Les deux amis ont de nombreux projets en commun et ont prévu d’unir les bénéfices de leurs deux sociétés, pour construire en 2020 entre 15 et 20 maisons dans la montagne, pour y reloger des familles en grande difficulté.
Notre après midi à discuter a vite passé et à 18h00, lorsque le véhicule s'est garé, nous nous sommes rendus compte que nous n’avions pas vu les kilomètres défiler.
Nous avons dîner de bonne heure et nous nous sommes rapidement couchés car c’est à 5h30 le lendemain matin, que notre départ pour le village de Lao, était programmé.
Le samedi 14 Septembre, après avoir rendu visite aux 56 enfants du village de Huoi Mua, nous avons pris la route pour l’école de Ban Ket où 98 élèves de primaire nous attendaient.
Cette petite école était bien défraîchie et par manque d'espace, deux professeurs enseignaient simultanément, deux programmes différents, dans chacune des 2 classes.
Comme dans la plupart des écoles primaires au Vietnam, à Ban Ket, les élèves portaient un uniforme d’écolier.
Les enfants n’avaient pas classe le jour où nous sommes passés.
Ils s’étaient cependant tous déplacés pour récupérer la paire de bottes et le blouson que nous leur avions apportés.
Fans de foot, les petits garçons furent très heureux de poser avec l’écharpe du stade brestois, pour encourager l'équipe qui jouait à domicile, dans la soirée.
Nous sommes le samedi 14 septembre et ce matin nous avons rendez-vous avec les 56 enfants du village de Huoi Ngua dans le district de Muong La.
Arrivés sur la route en contrebas du village, nous avons chargé les bottes et les blousons sur des motos et nous avons rejoint la salle communale devant laquelle tous les enfants nous attendaient.
Certains enfants vivant très loin dans la montagne, ce sont parfois leurs parents ou leurs grands parents qui se sont déplacés pour chercher les bottes et les blousons que nous avions apportés.
Avant notre arrivée, Huong avait étiqueté chaque paire de bottes et chaque blouson. Elle a donc piloté la distribution, avec efficacité.
Et ce sont les hommes de la commune de Ngoc Chien qui nous accompagnaient, qui ont pris plaisir à habiller tous les enfants qui s’étaient déplacés.
Comme chaque année, nous avions apporté de France, des bonbons pour les enfants de Huong.
Pour fêter « Têt Trung Tu », la fête des enfants qui avait eu lieu la veille, c'est dans ce village qu'elle a décidé de les distribuer.
Les enfants n’avaient jamais mangé de genre de bonbons. Il a donc fallu une petite démonstration pour leur expliquer que les bonbons Haribo se mâchent avant d’être avalés.
Le chef du village qui était très touché de voir la qualité des vêtements que nous avions achetés, nous a proposé de visiter une maison proche de la salle communale pour nous montrer dans quelles conditions les enfants vivaient.
Cette visite nous a permis de prendre conscience de l’immense misère dans laquelle vivaient les 56 enfants que nous venions de rencontrer.